Décrypter la fatigue : De l’assiette à la mitochondrie

La fatigue est devenue si banale qu’on finit parfois par l’ignorer. Alors qu’elle concerne de plus en plus de personnes, elle risque même d’être perçue comme normale.

C’est particulièrement vrai chez les personnes traitées par chimiothérapie. Dans ce contexte, la fatigue est souvent considérée comme attendue, voire inévitable ; elle est parfois à peine questionnée et moins encore consignée dans les dossiers. Les malades aussi l’acceptent, parce qu’on leur a dit que « c’est la chimio », et parce que parfois, ils pensent qu’il faut faire pénitence pour guérir.

Personne ne contestera la fatigue induite par certaines chimiothérapies, en raison de leur action cytotoxique et de leur toxicité mitochondriale.

Mais n’y a-t-il vraiment rien à faire pour l’améliorer ?

Ne faut-il pas aussi rechercher d’autres facteurs, au-delà du traitement lui-même, puisque beaucoup de personnes atteintes de cancer sont déjà fatiguées avant même de commencer leur chimiothérapie ?

Toute fatigue persistante mérite d’être explorée.

Très souvent, certaines causes ou certains facteurs aggravants peuvent être retrouvés dès l’assiette.

Suivre le chemin de la production d’énergie pour comprendre la fatigue

Sur le plan biologique, la fatigue correspond à une insuffisance de production ou d’utilisation de l’énergie cellulaire. Cette énergie directement utilisable par la cellule est principalement stockée sous forme d’Adénosine Triphosphate, ATP.

Mais encore faut-il que notre organisme puisse la produire efficacement.

Pour cela, le corps effectue la combustion des aliments carbonés (macronutriments : glucides, protéines et graisses) en utilisant notamment l’oxygène que nous apportons par la respiration, et qui est acheminé par les globules rouges à travers les vaisseaux sanguins.

C’est ainsi que l’énergie contenue dans les aliments est progressivement libérée afin de produire une énergie utilisable par les cellules qui est stockée dans une molécule appelée , l’ATP.

Ce processus suit un long parcours, qui débute avant la première bouchée.

1. L’action du nerf vague : nos sens peuvent stimuler le nerf vague. La vue et l’odorat, en particulier, déclenchent la production d’enzymes digestives : par exemple la salivation et la libération d’amylase salivaire, qui commence la digestion des glucides.

2. Le parcours digestif : les aliments cheminent ensuite dans le tube digestif, de la bouche jusqu’au côlon. À chaque étape intervient une alchimie complexe, rendue possible par les enzymes produites par l’estomac, le pancréas, le foie, la bile et l’intestin.

3. Le microbiote : il complète cette digestion, en particulier dans le côlon, et participe à la transformation de certains nutriments.

4. La mitochondrie : au terme de ce parcours, les glucides, protéines et graisses ont été découpés en petites unités — glucose, acides aminés et acides gras — capables de pénétrer dans les cellules. Elles y sont ensuite transformées à nouveau. C’est dans la mitochondrie, notre microbiote intra cellulaire, véritable centrale énergétique de la cellule, que s’achève cette alchimie. Le cycle de Krebs permet d’extraire progressivement des particules énergétiques élémentaires, notamment des électrons et des protons, de l’énergie électrique, à partir des nutriments issus de la digestion. Les petits diamants.

Ces particules électriques alimentent ensuite un système composé de cinq complexes situés sur la membrane interne de la mitochondrie : la chaîne respiratoire. C’est elle qui permet, au final, d’intégrer cette énergie dans une molécule d’ATP. Cette dernière contient l’énergie solaire qui aura été extraite des aliments absorbés et digérés.

5. Les micronutriments

Les micronutriments sont apportés par l’alimentation. Ils regroupent les vitamines, les minéraux et les oligoéléments. Ils participent à la construction cellulaire.

Ils interviennent à toutes les étapes de la production d’énergie, notamment comme cofacteurs d’enzymes, hormones et de nombreuses réactions biologiques.

Bien qu’ils soient nécessaires en très petites quantités par rapport aux macronutriments, ils sont indispensables, incontournables, vitaux pour l’homéostasie, le fonctionnement normal des cellules et la production d’énergie.

6. L’utilisation de l’énergie

Une fois l’ATP générée, il faut qu’elle puisse être utilisée par la cellule.

Elle sert notamment au mouvement, comme la contraction des cellules musculaires, ainsi qu’au transport de substances entre les cellules ou à l’intérieur des cellules.

Elle intervient aussi dans de nombreuses synthèses : protéines, graisses, glucides, corps cétoniques, enzymes, hormones…etc.

Elle participe à la production de nouvelles cellules, au contrôle qualité de cette production et à la mort cellulaire programmée, nécessaire au maintien de l’équilibre cellulaire.

Elle soutient également la production de mitochondries, le fonctionnement du système immunitaire, la détoxification, le maintien de la température corporelle, l’adaptation au stress, la lutte contre le stress oxydant et le maintien de l’homéostasie…etc

L’ATP est donc nécessaire à chaque étape de la vie humaine et, plus largement, du monde vivant animal ou végétal.

Explorer le symptôme fatigue, c’est donc remonter pas à pas la chaîne de production de l’énergie : depuis la stimulation sensorielle et l’action du nerf vague jusqu’à la digestion, l’entrée des nutriments dans la cellule, le fonctionnement mitochondrial et la production d’ATP.

L’analyse de l’assiette est essentielle : elle permet d’identifier les éventuels apports insuffisants en macronutriments, mais aussi les déficits en vitamines, minéraux et oligoéléments indispensables aux réactions énergétiques.

Comprendre où se situent les blocages : digestion, absorption, transport, transformation cellulaire ou fonctionnement mitochondrial, permet ensuite d’orienter plus précisément l’approche thérapeutique.

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